10.12.2007

Tout froid

Un whisky pour les uns, un cognac pour les autres.
Ils me racontent qu’ils viennent de transporter le corps du salon à la chambre.
On me propose de le voir. Quelques années plus tôt, je me suis juré que plus jamais je ne verrais le cadavre d’une personne que j’aime. Alors c’est non.
Ma grand-mère nous dit que les infirmiers ne comprenaient pas comment il tenait, encore et encore.
L’année dernière parce qu’il y’avait Noel, cet été parce qu’il y’avait la mer, les crevettes et ses copains, puis cet hiver, parce qu’il y’avait l’arrivée de son tout premier arrière petit fils.
Mais même avec un caractère de vieille carne, le corps fini par prendre le dessus.
Alors on boit un whisky, parce qu’on est fatigués, triste, contents qu’il n’ai plus peur.
Mais il est tard et chacun est sur le départ, parce que demain sera plus dur que ce soir.
Je la vois sortir de la chambre…
 
« Il est déjà tout froid… Il est parti… Il est déjà tout froid »
J’ai beau remonter dans mes souvenirs, je n’ai jamais vu ma grand-mère craquer. Et la voilà qui s’écroule dans mes bras.
Quelques dizaines de minutes plus tard, moi en train de pleurer comme une con sur une aire d’autoroute en plein milieu de la nuit.
Oui comme tu dis, la vie c’est qu’un peu de chaleur, et on se le prend en pleine gueule une nouvelle fois.
60 ans de mariage, puis du froid.
 
Je ne peux pas le mettre en épitaphe, mais c’était tellement important pour lui, la dernière barrière de sa dignité qu’il maintenait fermée.
Je ne peux pas le mettre en épitaphe, alors je l’écris noir sur blanc ici :
 

Jusqu’au bout il a pissé debout.
 

Il va me manquer :’(

Commentaires

:(

Ecrit par : draleuq | 10.12.2007

Soutien... :(

Ecrit par : vinou | 10.12.2007

Merci tous les deux :)

Ça va mieux.
Le coup de l'émotion est passée.
L'enterrement est jeudi, donc ça reviendra mais d'ici là je gère =)

Ecrit par : winy | 10.12.2007

Je n'ai pas de mots... Parce que j'ai encore cette douleur vive de l'abandon, et du "c'est pas juste" dans la bouche... Je n'ai pas de mots, mais je suis là, puce.
Je ne te dirai pas non plus que ça passera, parce que ça ne passe jamais. On s'habitue à la douleur, un peu comme un acouphène avec lequel on aurait appris à vivre.
C'est dur. C'est tout. Et il n'y a rien qui puisse atténuer le creux qu'on a dans le coeur. Surtout pas les "c'est mieux comme ça" ou "son heure etait arrivée"... Oui rien à foutre de ces conneries ! On souffre et on a envie de crier au monde entier qu'on les emmerde profond, et qu'ils ne peuvent pas comprendre.
J'ai mis du temps à me dire que papa n'était plus là. Et plus les jours avancent, plus il me manque. Lui aussi, jusqu'au bout il aura pissé debout ;)
Juste te souhaiter du courage, et du soutient. Parce que, quoiqu'on dise, on en a besoin.

*gros calin*

Ecrit par : TinyLizzie | 11.12.2007

Oui je souffres, puis je me dis que c'est le cycle de la vie.
Ça me ramène à ma propre vie, ce qu'il me reste à faire.
J'ai finalement accepté de le voir mais la mort, ça pue.
Puis on a accueilli Lucien dans notre famille, y'a même pas un mois.
6 mois, des billes toutes noires et un sourire scotché aux lèvres. Ça donne envie d'aller de l'avant.

Merci Lizzie ;)

Ecrit par : winy | 11.12.2007

Aller de l'avant, toujours. Et pourquoi pas embarquer ta grand-mère dans l'aventure? Biz

Ecrit par : MarcelD | 11.12.2007

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